Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

En librairie : numéro courant

Numéro 132 : Convergences mondialistes

Unifier le monde en une Cité idéale est une idée récurrente dans l’histoire moderne, prise entre la nostalgie de l’unité perdue de la Chrétienté médiévale et le secret désir de recons­truire la Tour de Babel. Au 13ème siècle, ce fut le moine anglais Roger Bacon qui proposa de revenir à l’unité du monde par la foi commune, mais en résor­bant tout ordre politique naturel dans une Église-État. Par la suite, Dante, considérant que la paix était le bien le plus nécessaire à la vie et au progrès de l’homme, proposa un empire universel dirigé par un monarque unique, pendant du pape pour le domaine temporel et, quoique chrétien, pleinement indépendant de lui. Puis vint Nicolas de Cues, avec son traité Depace fidei (1454), œcuménique ou plutôt syncrétiste, cherchant l’unité du monde par la paix des religions, la résorption des contradictions entre les croyances, qu’il jugeait super­ficielles, dans une compréhension supérieure de la foi chrétienne. Campanella annoncera ensuite, dans sa Cité du soleil (1623), une trans­formation de l’Église en organisation rationnelle, quasi communiste, de tous les peuples, sous la direction d’une monarchie universelle…

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Au fil du Blog de la revue

28 Août 2016

Lectures critiques d’une étrange exhortation»

amoris laetitiaL’exhortation Amoris laetitia [AL]a donné lieu à de nombreux commentaires. L’un des plus achevés est celui d’Anna M. Silvas, professeur de langues anciennes et de patristique à l’université de la Nouvelle Angleterre (Armidale, NSW, Australie), dont on trouvera le texte complet ici.

Une autre analyse, signée Daniele Mattiussi, est parue dans le bulletin italien Instaurare, dirigé par Danilo Castellano, philosophe du droit (Udine) et fréquent contributeur à Catholica. Ce texte très dense commence par des remarques sur la nature de l’exhortation, inédite tant par son volume (constituant un véritable traité) que par son style non conclusif – ne se présentant que comme une « proposition » (AL 5) – n’excluant pas les positions contradictoires et les propos polémiques contre les supposés partisans de « la doctrine froide et sans vie ».

Trois sections de ce texte retiennent particulièrement l’attention : « le problème du principe et de la situation », « les incertitudes autour de la conscience », « l’historicisme et l’herméneutique idéologique ».

Le problème auquel il est d’abord fait allusion est celui du critère du jugement appliqué à une situation donnée, en l’espèce une situation matrimoniale. Si « discernement » il doit y avoir, il convient d’en déterminer le critère. Or, à suivre l’exhortation, ce critère est en réalité un non-critère : le pur fait prime sur l’ordre objectif du bien et du mal, qui est la vraie réalité. On retrouve là l’un des principes de l’idéalisme allemand, qui pose que le fait est ipso facto rationnel et donc moral. « Il convient de prêter attention à la réalité concrète, parce que “les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire” […] » (31) Le « discernement »

Le second problème abordé par D. Mattiussi est celui de la conscience. (suite…)

1 Août 2016

Brèves remarques sur les intellectuels organiques»

imagesEn complément de l’entretien avec Giuseppe Reguzzoni, Sur la fonction du politiquement correct

1. Dans la société de l’ère contemporaine (c’est-à-dire depuis les Lumières jusqu’aujourd’hui) la condition de l’intellectuel n’est pas aisée.

Cela peut s’expliquer en se plaçant d’un point de vue philosophique, considérant la différence entre l’ancienne société et la nouvelle, celle qui s’organise sur les principes des Lumières.

Dans une société d’ordre, de type traditionnel, l’artiste, le poète, le penseur ont simultanément une fonction désintéressée — c’est le primat de la contemplation, la recherche du bonum honestum par excellence — mais aussi une fonction sociale, d’exaltation du Bien, du Vrai, du Beau, une fonction de témoin. La relation de l’intellectuel à la société peut être délicate (cf. la caverne de Platon) mais il accomplit à sa manière une sorte de sacerdoce.

2. Dans la société nouvelle, à l’inverse, l’intellectuel a peine à trouver la même place, même pour les plus érudits et désintéressés.

« On ne doit pas s’attendre à ce que les rois se mettent à philosopher, ou que des philosophes deviennent rois ; ce n’est pas non plus désirable parce que détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison. Mais que des rois ou des peuples rois (qui se gouvernent eux-mêmes d’après des lois d’égalité) ne permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou devienne muette, et les laissent au contraire s’exprimer librement, voilà qui est aux uns comme aux autres indispensable pour apporter de la lumière à leurs affaires, et parce que cette classe, du fait de son caractère même, est incapable de former des cabales et de se rassembler en clubs, elle ne peut être suspectée d’être accusée de propagande. » (Kant, Projet de Paix perpétuelle)

Les « Philosophes » surent se donner le beau rôle ! La conception traditionnelle, ici hypocritement reprise, n’a cessé d’être instrumentalisée, par Condorcet, par Kant lui-même, par Fichte. Ce dernier, dans sa 4e conférence sur La destination du Savant (Über die Bestimmung des Gelehrten, 1794 ; le « savant » étant celui qui « sait », par opposition au commun des mortels), confère à  l’intellectuel la mission d’émanciper l’humanité. Mais comme cette émancipation est liée à des luttes politiques, l’intellectuel dont il s’agit se transforme en agent idéologique, en activateur révolutionnaire. C’est la pratique la plus visible au XIXe siècle. Pensons à Victor Hugo, à Michelet, à Durkheim, à Wagner, tous « engagés » à leur manière, dans la suite logique de leurs prédécesseurs du siècle des Lumières. (suite…)

15 Mar 2014

Eglise et politique : nouvelle parution»

L’ouvrage « Eglise et politique » est paru ! Aux éditions Artège

couv.jpg« Au sein de l’Église le système philosophique et politique issu des Lumières a longtemps été combattu de front. Puis des stratégies ont été mises en oeuvre pour tenter d’en limiter l’emprise.
Le concile Vatican II s’est efforcé d’en agréer les principales exigences, escomptant en retour reconnaissance et bienveillance. Cette tentative est un échec. Dans ces conditions, il convient d’autant moins d’accepter le fait accompli que le système dominant arrive à la fin de son parcours, comme en témoignent l’emballement et les contradictions internes de la modernité tardive. Le moment est venu de réviser les approches imaginées jusqu’ici afin de définir un paradigme adapté aux temps qui s’annoncent.
Le présent ouvrage propose une première réflexion en ce sens. »

Avec les contributions de :  Juan Fernando Segovia, Julio Alvear Téllez, Miguel Ayuso Torres, Christophe Réveillard, Mgr Ignacio Barreiro Carámbula, José Miguel Gambra Gutiérrez, John Rao, Danilo Castellano, Gilles Dumont, Sylvain Luquet, Bernard Dumont.

Commandez en ligne l’ouvrage sur le site des éditions

L’ouvrage est également disponible en librairie

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